Résumé de la Conférence de Jean EPSTEIN donnée à Toulouse  le 16/10/2003 à l’invitation de Trois ou plus

 

 

L’autorité : Un enjeu pour la famille ?

 

 

Cette question d’actualité renvoie aux mutations actuelle des relations sociales et familiales et qui se traduisent par :

 

L’isolement et fragilisation des familles

Les risques de maltraitance (parents démissionnaires ou démissionnés ?),

La baisse de la socialisation extérieure à la famille,

La socialisation ou la massification des relations sociales.

 

 De quelle autorité parle-t-on ? L’autorité qui « fait autorité » ou autorité «  sanction » ?

 

 Les parents sont de plus en plus dans une relation de séduction plus que d’autorité avec leurs enfants, dominée par la peur de ne pas en être aimé. Cette attente les fragilise.  Or ils  ont à faire place à la loi du groupe tout en  valorisant  l’individualité de leur enfant. De plus les parents ne peuvent plus s’appuyer sur un discours cohérent sur la façon d’éduquer un enfant. Les progrès de la recherche ont fait prendre en compte la diversité des enfants et de leur mode de développement alors que les modèles sociaux de référence se faisaient plus étroits.

 

Un autre est à prendre en compte : l’évolution des figures d’autorité familiales et leur fragilisation.

 

Notamment la mutation de  l’autorité maternelle avec le développement du salariat féminin (entre 1970 et 1990 renversement  du taux d’activité des femmes il passe de 25% à 75%). La place des grands parents et des arrières grands parents est bouleversée (en 1960 seuls 5% des enfants naissaient avec leurs 4 grands parents vivants, en 1990 : 61%). Ils sont pris en étau entre les attentes de leurs enfants et de leurs parents. Or les grands parents ont un rôle essentiel par rapport à l’autorité qui doit être différente de celle des parents.

 

L’enfant se construit selon 2 axes : le principe de plaisir / le principe de réalité

 

Selon le premier 3 attentes fortes:

-          -         je suis le centre du monde,

-          -         j’ai tout ce que je veux

-          -         je le veux tout de suite.

-          -          

Le principe de réalité apporte justement des restrictions et donc des frustrations sur ces 3 plans en étant exactement l’inverse :

-          -         je ne suis pas le centre du monde,

-          -         je n’ai pas tout ce que je veux

-     je dois attendre pour l’avoir.

 

L’autorité doit permettre à l’enfant d’articuler les deux et de trouver sa place dans des relations sociales. L’apprentissage de l’attente est nécessaire à la capacité de faire des projets (satisfaction différée).L’autorité est l’outil de cadrage nécessaire à la socialisation.

 

L’autorité doit constituer  un repère lisible et constructif : l’enfant doit savoir d’où il vient (ses parent constituent le matériau  lui permettant de se construire) et il doit pouvoir s’identifier positivement à eux.

L’autorité est le cadre nécessaire à la mise en place des repères.

 

Au Québec on avait atteint le seuil de 50%d’enfants sous traitement pour hyperactivité. Un groupe d’étude a mis en lumière un schéma familial fondé sur une alimentation « ambulatoire » : aucun repas n’était pris assis. Il en va de même pour les enfants « zappeurs » : on retrouve une absence de cadrage des activités par un adulte.

 

Si une autorité n’a pas permis à l’enfant d’évoluer vers la prise en compte de l’autre on peut rencontrer l’un de ces 30 % d’enfants racketteurs qui n’ont pas quitté le stade « je prends ce que je veux ». De même si l’enfant grandit dans une place autre que la sienne en se substituant à l’adulte tout puissant dans le  cadre familial. Le marquage du territoire (à toi, à moi) permet la mise en place de relation de type séduction/don. L’absence d’autorité peut aussi conduire à l’entrée dans une bande qui comblera les repères manquants mais pas forcement avec ceux qui conviennent….

 

La violence  peut en découler parce que l’enfant  est resté au stade du « tout petit ». Elle peut aussi se retourner contre lui même. On distingue les violences « exogènes » : physique, verbale, sur l’environnement et l’autoviolence : toxicomanie, décrochage scolaire, alcoolisme et  comportements à risques. L’autoviolence est souvent liée à l’absence d’apprentissage de la gestion des conflits. Elle peut aussi dans le cadre des conduites «  à risques » constituer un test d’amour. (2 attentes chez les ados : est ce que vous m’aimez ; donnez moi des conseils que je ne suivrais pas…)

 

Les parents doivent contribuer à la mise en place de 3 types de repères : individuels, sociaux et familiaux.

 

Les repères individuels : ils doivent favoriser la valorisation des compétences de l’enfant, respecter ses rythmes personnels pour leur permettre d’évoluer vers les rythmes sociaux de vie mais aussi de développement. (p. ex. l’âge « normal «  pour la propreté va de 2 à 6 ans, pour l’apprentissage de la lecture (déchiffrer/ comprendre/ aimer) de 4 à 9 ans etc.).

Faire autorité implique donc de respecter les rythmes, les rituels (doudous…), les modes d’intelligence. On remet en cause la hiérarchisation des intelligences en vigueur dans notre système qui privilégie le logique et l’actif par rapport à l’imaginatif, au rêveur…

Il faut ajuster son regard aux compétences de l’enfant « qui ne rentre pas dans le moule » (cf. la résilience : un enfant handicapé est d’abord et aussi un enfant. L’autorité ne doit pas renvoyer une image négative)

 

Les repères sociaux : Ils préparent au partage et à l’attente. Elle permet de pouvoir s’inscrire dans un projet. Et donc de renoncer au principe du plaisir immédiat que l’on va retrouver dans la toxicomanie ou le surendettement.

L’autorité se construit sur la gestion de l’attente. A défaut principe de la contrepartie immédiate : on ne s’engage que dans le court terme si ça rapporte quelque chose d’immédiatement perceptible.

 

Les repères familiaux : ils répondent aux grandes questions :

-Qui suis je : lisibilité de mon histoire (/secrets de famille). Possibilité d’identification positive : le parent disqualifié ne doit pas devenir disqualifiant ; traduire les situations complexes : réfléchir sur la place des beaux parents dans les familles « recomposées » , et au poids de ce vocabulaire (renvoi aux familles « décomposées » ? Au Québec on parle de « multi composé » et de famille « acquise » plutôt que de demi –frère, sœur…)

- Est ce que mes parents m’aiment tel que je suis ?

- Qu’ai je le droit de faire ?

- Quelle est ma place dans cette famille ?

 

 

Seule une autorité assumée permet  le mise en place de ces repères qu’il n’est jamais trop tard pour mettre en place…

 

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