Un lycée « ZEP » apaisé par la pédagogie

(Lycée polyvalent et professionnel Galilée de Gennevilliers)

 

par José Rémy, proviseur

Extrait de :  Georges Fotinos et Jacques Fortin
Une école sans violences ? de l’urgence à la maîtrise.
Paris : Hachette, 2000.

Le lycée Galilée de Gennevilliers est un établissement qui accueille 1150 élèves où cohabitent le lycée polyvalent et le lycée professionnel. Il date de 1975 et souffre de locaux vétustes, mais un projet de reconstruction permet d'envisager des locaux neufs dans un proche avenir. C'est un lycée en zone d'éducation prioritaire (ZEP), situé dans la zone de lutte contre la violence. Le ministère de l'Éducation nationale a retenu plusieurs villes de la boucle nord du département des Hauts-de-Seine dans ces dispositifs de prévention, vu la densité de popu- (8000 hab./km 2) , vu la proximité du port de Gennevilliers. Il s'agit d'une zone riche en propositions d'emplois, auxquels quantité de jeunes ne peuvent malheureusement pas accéder. Etant donné leur niveau de formation.

Porteur d'une image négative dans un passé proche, vu l’environnement, le lycée accueille depuis plusieurs années de plus en plus d’élèves (60 élèves de plus en seconde, 100 élèves en première) sur une durée de 3 ou 4 années. Peu accueillant pas ses locaux, les adultes et les jeunes souhaitent rester pour l'ambiance et une certaine sérénité qui y règnent.

Peu de demandes de mutation chaque année chez les enseignants, les faits de violence y sont rares, le taux d'absentéisme est très faible au lycée, un peu plus important au lycée professionnel. Les résultats au baccalauréat sont satisfaisants et, chaque année, supérieurs aux moyennes nationales.

Une politique de prévention des risques liée à une politique de promotion de santé

Lors de mon arrivée en tant que proviseur au lycée Galilée, un état de fait m'a très vite interpellé: on ne maîtrisait pas les entrées, à la porte du lycée, des éléments extérieurs.

Dès la rentrée, les élèves faisaient état d'événements qui s'étaient déroulés pendant l'été dans les cités et, bien sûr, des bandes rivales s'affrontaient régulièrement. Dans les bus, dans la rue, certains jeunes en menaçaient d'autres de la cité voisine avec une amplification, une rumeur agissante dans certaines familles. Face aux inévitables perspectives d'intrusion dans le lycée pour régler des questions anciennes ou récentes, il fallait préserver l'espace du lycée. C'était aussi la condition essentielle pour assurer ce besoin fondamental de sécurité, autant chez les jeunes que chez les adultes: les entrées furent désormais contrôlées systématiquement. Les rituels dans la gestion des espaces d'un établissement scolaire contribuent à créer un lieu de vie où chacun trouve ses repères.

Je proposai, lors de mon arrivée, le rangement des élèves dans la cour du lycée. Cette idée parut d'un autre temps, incongrue. Pourtant, rapidement, ce retour au calme après les pauses, ce repérage et cette appartenance à un groupe classe furent effectifs, et l'habitude s'installa progressivement et porta ses fruits. Les groupes d'élèves se déplaçaient de façon cohérente, les déplacements ne posèrent plus de problème. De plus, les dégradations de locaux dues à des présences incontrôlées d'élèves dans les couloirs, par exemple, furent évitées.

En fait, les règles, les interdits s'expriment comme une valeur à laquelle toute la communauté adhère et où chacun devient acteur. Bien sûr, le règlement intérieur constitue l'enjeu fondamental: il nécessite une actualisation permanente à partir d'un état des lieux qui prend en considération les atouts et les faiblesses de l'établissement.

Un autre souci majeur nous anima: l'accueil personnalisé des nouveaux élèves devint très vite une priorité. Après une analyse approfondie des habitudes, des actions furent engagées.

Chaque année, désormais, l'accueil des élèves est personnalisé. D'abord, lors des inscriptions, chaque élève est reçu personnellement par les professeurs, la direction, dans une phase d'information approfondie sur les options, sur la filière. De plus, dès la première semaine de la rentrée, des entretiens personnalisés sont organisés par les professeurs sur les réussites, les faiblesses de chacun.

La symbolique est forte: il s'agit d'accueillir un individu dans sa globalité et pas seulement l'élève.

Les familles sont accueillies de la même façon et, dès la rentrée, des rencontres parents-professeurs permettent des échanges sur la formation qui va être donnée. Des permanences d'accueil des familles sont organisées pour accompagner certaines familles dans leurs difficultés.

Enfin, pour lutter contre la loi du silence très forte, la communication constitue un objectif prioritaire. Il existe des leaders positifs et des leaders négatifs, voire une certaine forme de caïdat, et l'enjeu est de restaurer entre les adultes et les jeunes une relation de confiance pour favoriser l'écoute et combattre ainsi cette loi du silence. Avec des adultes référents, des modules de formation de deux heures chacun sont animés par des intervenants extérieurs, juges des enfants, commissaires de police, psychologues, diététiciens, associations. Les sujets abordés sont très divers, à la demande des élèves: toxicomanie, sexualité, lois sur l'immigration, violences, suicide, etc.

Le but est de donner des informations aux jeunes d'abord, de leur faire prendre conscience qu'ils sont des relais pour mettre en relation des jeunes en difficulté avec des adultes compétents et repérés comme des aides dans une relation de confiance.

Une politique de prévention fondée sur la pédagogie

La réponse à la violence passe par la pédagogie: cette évocation peut choquer mais la confrontation avec la réalité en montre l'enjeu.

D'abord, la question de la réussite à l'école reste la priorité. Les parents attendent cette réussite de leurs enfants, les jeunes attendent les bénéfices de leurs efforts pour une estime de soi fondatrice de l'être, les professeurs attendent la motivation et le travail de leurs élèves.

Comment concilier toutes ces attentes ? Tel est le défi. La stabilité d'un personnel compétent est essentielle pour construire une véritable politique pédagogique.

À partir de constats sur le niveau insuffisant des élèves quand ils arrivent au lycée, sur leur manque évident de travail, comment maintenir de bons résultats aux différents examens ? Comment contribuer à créer du bien-être basé sur les savoirs, les savoir-faire et les savoir-être?

D'abord la connaissance du public par les enseignants s'impose: la relation élèves-professeurs doit contribuer à développer le sentiment de compétence, d'aide, d'accompagnement dans les difficultés.

Quand il arrive au lycée, l'élève est pris tel qu'il est, avec ses forces, ses faiblesses et l'objectif est de l'amener à acquérir des méthodes de travail, des habitudes de travail. L'organisation des emplois du temps doit y contribuer: par exemple, le vendredi après-midi est peu chargé en cours en faveur du samedi matin.

Il faut créer une ambiance de travail:

1)      des devoirs surveillés sont systématiquement organisés pour les classes de première et de terminale, parce que les élèves ne travaillent pas chez eux ;

2)      des soutiens dans les matières fondamentales sont organisés chaque soir de 17 h à 19 h ;

3)      des stages de révision intensive sont organisés pendant les petites vacances dans le cadre de « l'école ouverte » ;

4)      des séminaires de révision sont organisés en mai dans des conditions matérielles idéales pour lancer les révisions du baccalauréat.

En fait, les adultes donnent beaucoup de leur compétence, de leur disponibilité et l'élève apprécie cette démarche d'accompagnement dans la recherche du savoir, dans la construction d'un savoir. De plus, l'enseignant donne à l'élève le sentiment de cette compétence qui favorise l'estime de soi chez le jeune. Des entretiens collectifs et individuels permettent d'expliquer les objectifs de formation aux élèves, les évaluations en cours, les évaluations sommatives.

Deux outils importants dans une politique de prévention

Le Comité d'éducation à la santé et à la citoyenneté (CESC)

Destiné à engager la politique de prévention surtout contre les toxicomanies, les déviances et la violence, le CESC favorise le travail déjà avec les partenaires internes et ensuite avec les partenaires extérieurs.

Le Comité se donne pour objectifs de faire un état des lieux, d'engager une dynamique de projet, de travailler avec la police et la justice par des signalements et la suite qui leur est donnée, d'engager un plan de formation des personnels dans les domaines des toxicomanies, de la prise de risque chez l'adolescent, dans le vaste champ de la promotion de santé, d'établir des relations de confiance entre les partenaires pour partager une culture commune.

Après plusieurs années de pratique de l'école ouverte, on peut dire qu'elle contribue beaucoup à modifier les relations adultes-jeunes et celles des jeunes entre eux.

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Ces réflexions sont issues d'expériences menées dans deux établissements, l'un dans le Nord, l'autre dans la Région parisienne. Elles montrent tout le travail mené en équipe avec des adultes très engagés, convaincus que le savoir permet au jeune de devenir citoyen et acteur de ses apprentissages.

Pour conclure, l'enjeu d'une telle politique est de créer un état d'esprit, de mettre en action une philosophie, de jeter un autre regard sur le quotidien avec l'idée que l'optimisme est un devoir et que le plaisir de réussir ses études passe par le plaisir d'apprendre.